PIERRE PAULIN

Pierre Paulin c’est bien plus que l’évocation d’un designer, c’est une vision qui a incarné le futur d’une société, sa liberté et ses utopies avant- gardistes dans la seconde moitié du XXe siècle. Les formes sculpturales de ses meubles en mousse recouverts de textile extensible que l’on a pu découvrir au cinéma, dans les magazines de mode et les revues d’architectures de cette époque, sont imprimées à jamais dans notre mémoire collective. Mais réduire la production de Pierre Paulin à cette période reste néanmoins parcellaire et cette présentation d’une sélection de ses créations, inédite en Suisse, prouve à quel point ce travail embrasse un design bien plus complexe et diversifié que celui de nos souvenirs.
Né à la fin des années 20 à Paris d’une mère suisse allemande et d’un père français, le jeune Paulin sera très tôt influencé par son oncle ingénieur et styliste pour l’industrie automobile. Diplômé en 1950 de l’école de perfectionne- ment d’art décoratif (aujourd’hui Camondo), il intègre l’agence Gascoin, s’initie au design scandinave puis plus tard au design américain et plus particulièrement à celui de Charles et Ray Eames. Il commence à produire pour Thonet avant de s’épanouir à la fin des années 50 avec l’éditeur Artifort pendant plus de 20 ans pour finalement créer sa propre agence ADSA en 1975. Pierre Paulin a disparu il y a une dizaine d’années, retiré dans les Cévennes et oeuvrant désormais sur des créations plus confidentielles ou le travail de la main était reconsidéré. « Le retour au style ce fut pour mon plaisir. Un retour au latin avec une approche contemporaine et une technique du passé... Alors j’ai refait des pièces uniques précieuses ».
Le choix de huit pièces présentée chez Complete Works recouvre une période qui s’étend de la
fin des années cinquante (Chaise F050, 1959) jusqu’au début des années quatre-vingt (Table Cathédrale, 1981), un intervalle temporel qui permet d’évaluer la diversité et l’évolution du projet Pierre Paulin, qui s’étend d’une pensée utopique industrielle à des réalisations artisa- nales. Les objets de Paulin alors qu’ils ont émergés dans le champ technique du design s’affichent désormais comme de véritables sculptures. L’évolution de la réception du design dans le champ critique contemporain permet de revisiter le travail de ce designer unique qui se rêvait artiste. Ses créations sont entrées dans les collections des plus grands musées, du MoMa au Centre George Pompidou. Les pièces de cette exposition ont étés produites par Paulin, Paulin, Paulin, entreprise familiale fondée par Maïa Paulin, épouse et partenaire de Pierre Paulin, Benjamin Paulin et son épouse, Alice Lemoine. Cette société de par sa proximité parentale et son accès aux archives, diffuse, valorise et préserve le patrimoine et les œuvres de Pierre Paulin, éditant parfois certaines créa- tions qui n’avaient pas pu voir le jour au moment de leur conception, étant restées à l’état de plans ou de prototypes.
Le design industriel dès lors qu’il est pensé hors de ses limites rejoint les champs créatifs les plus avant-gardistes et celui de Pierre Paulin est sans doute l’un des exemples les plus pertinents qu’il nous est donné aujourd’hui de réévaluer.

Nicolas Trembley